Une période productive pour le Programme d’agrément universitaire de l’ICA

Par Joseph Gabriel, FICA, actuaire membre du personnel, éducation, à l’ICA

La COVID-19 a affecté la session universitaire d’hiver 2020, pendant laquelle, en quelques jours seulement, les établissements et les chargés d’enseignement ont dû adopter la méthode d’apprentissage à distance en contexte d’urgence mondiale. Tous les cours soigneusement préparés sont soudainement passés en mode virtuel alors qu’on fermait les édifices universitaires et les résidences pour étudiants. On a opté pour les plateformes de téléconférence pour dispenser l’enseignement et les évaluations sont également passées au numérique.

La pandémie actuelle et ses répercussions importantes sur l’enseignement supérieur offrent une occasion parfaite pour rendre compte de la réponse formidable des universités agréées par l’ICA pour maintenir la rigueur du Programme d’agrément universitaire (PAU). L’ICA s’est montré très proactif auprès de toutes les universités agréées afin de concevoir un cadre adapté dès le début de la pandémie dans le but d’assurer la continuité et la rigueur du programme. Tous les cours agréés doivent respecter la Politique relative au PAU, mais toutes les lignes directrices du programme étaient conçues en fonction d’un modèle d’enseignement et d’évaluation en classe. Le passage en ligne de tous les examens universitaires après la mi-mars a donné lieu à des considérations d’un tout autre ordre qui devaient être applicables à très court terme. Dans le cadre d’un vaste dialogue, les universités ont avisé l’ICA des mesures mises en place pour gérer la situation, notamment en ce qui concerne la couverture du programme d’études et la préservation de l’intégrité didactique. Les universités ont clairement tiré parti de la technologie afin de procéder aux évaluations, et ce, en ayant recours à des plateformes d’examen pour modifier ou permuter des questions, publier des examens dans un délai limité et assurer l’horodatage.

L’examinateur externe : une fonction cruciale

Les examinateurs externes (EE) sont des FICA de l’extérieur embauchés pour procéder, avec le soutien d’un actuaire membre du personnel de l’ICA, à la vérification annuelle des cours universitaires agréés offerts pendant l’année universitaire qui vient de s’écouler. La formule habituelle de ces vérifications normalement réalisées sur place et en personne n’a pas été possible au printemps 2020. Par conséquent, les vérifications des EE pour l’année 2019-2020 ont été entièrement réalisées en ligne. Les documents requis, tels que la répartition des notes, les libellés d’examen et les copies d’examens anonymisés ont tous été transmis au moyen d’un serveur sécurisé. Toutes les rencontres avec les membres du corps professoral et la direction de l’université ont eu lieu par vidéoconférence. Le processus de vérification externe, qui constitue un élément essentiel du PAU, revêtait d’autant plus d’importance en 2019-2020 à l’égard de l’évaluation des cours universitaires aux fins de l’agrément dans un contexte à distance.

Par mesure de sécurité, l’ICA et les universités ont convenu de ne traiter aucun crédit d’examen pour les cours complétés à l’hiver 2020 avant que les examinateurs externes aient complété leurs vérifications à l’automne 2020. Jusqu’ici, les vérifications ont été réalisées pour huit universités et les trois dernières auront lieu cet automne.

Dans leurs vérifications à distance, les EE ont observé que les universités avaient non seulement intégré la technologie pour produire des examens différents avec délai de réalisation limité, mais avaient également formulé des questions à développement approfondies comme s’il s’agissait d’examens avec documentation en s’assurant que les questions diffèrent de celles des documents de référence.

Afin de favoriser l’intégrité didactique, les étudiants étaient tenus de signer des déclarations attestant que le travail avait été réalisé de façon autonome et conformément aux règles en vigueur.

En plus d’avoir constaté toutes ces mesures de contrôle, les EE ont procédé à une analyse approfondie des notes individuelles en effectuant une comparaison entre les notes obtenues lors des sessions antérieures et postérieures à la COVID-19 (été 2019, automne 2019 et hiver 2020). Ils ont notamment analysé la proportion d’étudiants ayant obtenu la note minimale requise pour chaque cours. Pour les huit universités évaluées, la proportion moyenne observée en 2019-2020 était pratiquement la même que celle de l’année précédente, soit environ 49 %. Comme un crédit d’examen dans le cadre du PAU peut nécessiter jusqu’à quatre cours, les candidats doivent obtenir la note minimale dans les quatre cours pour pouvoir demander le crédit.

En somme, les chiffres observés permettent de conclure au maintien de la rigueur du programme dans un contexte d’apprentissage et d’évaluation à distance.

Les EE se sont dit ravis de constater le recours à des méthodes innovantes, notamment les examens avec codage informatique en langage R, la modélisation et la production de rapports informatisés. Dans le contexte universitaire, les étudiants ont également accès à des cours dans lesquels ils peuvent élargir l’application de la science actuarielle : analyse prédictive, science des données et mégadonnées. Certains programmes d’actuariat comprennent également des cours obligatoires en finance d’entreprise, en comptabilité, en économie, en informatique et en communication anglaise.

Quelques chiffres au sujet du PAU

Pour les lecteurs qui ne connaissent pas très bien le PAU, ce dernier permet aux candidats d’obtenir des crédits à l’égard d’un maximum de six examens (P/1, SRM, FM/2, IFM/3F, LTAM et STAM) en vue de la qualification aux titres d’AICA et de FICA, pourvu qu’ils obtiennent les notes établies par l’ICA dans les cours universitaires agréés.

Les candidats doivent réussir tout autre examen ou toute autre activité éducative pour laquelle ils n’ont pas recours aux crédits du PAU aux fins de leur qualification à titre d’AICA et de FICA. Plus précisément, au niveau Fellow (pour lequel il n’existe aucun crédit du PAU), tout candidat au titre de FICA ayant recours aux crédits du PAU doit, comme n’importe quel autre FICA, satisfaire aux exigences relatives à l’expérience et effectuer chaque examen, module et activité éducative de niveau Fellow.

Depuis la création du PAU, l’ICA a accordé près de 1 100 crédits d’examen à plus de 650 candidats. Le siège social de l’ICA surveille de près l’évolution des effectifs en général, y compris des membres qui recourent aux crédits d’examen du PAU aux fins de la qualification à titre d’AICA et de FICA. Jusqu’à maintenant, 86 AICA et 31 FICA ont eu recours à au moins un crédit du PAU. Bien qu’il s’agisse d’une faible proportion des membres, l’analyse des membres du PAU indique une diminution de 50 % de la durée du parcours à l’adhésion, tant du côté AICA que FICA.

Onze universités au pays sont entièrement agréées par l’ICA et une douzième a récemment exprimé sa ferme intention d’obtenir l’agrément dans un proche avenir.

Bien vivant, le modèle de l’agrément universitaire est utilisé par d’autres grands organismes actuariels dans le monde, notamment au Royaume-Uni, en Australie et en Afrique du Sud. En instaurant le PAU en 2012, l’ICA a emboîté le pas à la tendance mondiale en matière de formation et de qualification en actuariat.

Un regard vers l’avenir

« Soit vous avancerez vers la croissance, soit vous reculerez vers la sécurité. »

Abraham Maslow

Voyons un peu ce à quoi pourrait ressembler l’enseignement supérieur en 2020-2021 et par la suite. Si la pandémie a frappé en plein cœur de la session d’hiver 2020, l’année universitaire qui vient aura pu profiter d’une planification plus élaborée en ce qui concerne les cours offerts. Les universités offriront divers modes d’enseignement; les étudiants pourraient avoir le choix entre l’enseignement en personne, hybride, et entièrement en ligne et à distance. Les universités se sont tournées vers l’ICA afin d’obtenir des lignes directrices plus officielles au sujet de la gestion des examens à distance dans le contexte de l’agrément. L’ICA a donc conçu une version actualisée des pratiques privilégiées par l’ICA afin d’y inclure des dispositions visant les évaluations à distance. Ces dispositions ont été très bien accueillies par les universités agréées.

L’ICA et les universités agréées ont été en mesure de négocier efficacement ce virage soudain et important en matière d’enseignement supérieur tout en maintenant des normes élevées sur le plan de l’éducation actuarielle et de l’évaluation des connaissances.

Cette période des plus éprouvantes a créé une onde de choc dans le secteur actuariel, notamment sur le plan de la formation, et ses répercussions pourraient continuer de se faire sentir pendant un moment. L’exploitation de la technologie et l’adaptation des méthodes d’évaluation se sont révélées être non seulement des mesures réactives et proactives efficaces, mais également des points de départ vers une nouvelle réalité en matière de formation actuarielle. L’ICA et ses 11 universités agréées continueront de travailler de concert afin de préserver la sacro-sainte rigueur que l’on reconnaît à la formation actuarielle.

Dans cette démarche vers l’avenir, cette citation du célèbre psychologue Abraham Maslow est une véritable source d’inspiration : [traduction libre] « Soit vous avancerez vers la croissance, soit vous reculerez vers la sécurité. »

Cet article a été publié initialement dans l'(e)Bulletin de l’ICA.

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