La COVID-19… une crise existentielle?

Cet article a été publié initialement dans le Carrefour COVID-19 de l’ICA.

Par Keith Walter, FICA
Président de la Direction de la recherche

« En quelques semaines seulement, tout a changé. » Vous avez certainement entendu cette phrase maintes fois ces derniers temps.

Malheureusement, pour de nombreux Canadiens et Canadiennes, cet énoncé est bien vrai. Des entreprises luttent pour leur survie, tandis que d’autres ne s’en remettront tout simplement pas. Des personnes à l’aube de la retraite ont perdu une partie de leurs économies ainsi que l’espoir de récupérer ces fonds. De plus, ce nouveau virus mortel a déjà enlevé la vie à trop de gens.

Pour la plupart des actuaires qui travaillent au Canada, on ne s’attend toutefois pas à ce que la catastrophe financière et la mortalité associées à la COVID‑19 se transforment en crise existentielle. Grâce à la protection d’un système de santé public bien établi, d’institutions financières et de fonds de retraite bien gérés et, du moins pour la plupart d’entre nous, d’une organisation du travail nous permettant de poursuivre nos activités à la maison en toute sécurité, nos pratiques professionnelles pourraient demeurer fondamentalement inchangées.

Pour les actuaires du Canada, la véritable question n’est pas tant la pérennité de notre existence, mais bien le maintien de notre pertinence.

Les actuaires sont formés pour se forger une vision à long terme, recueillir des données et procéder à des réflexions approfondies avant de modifier toute présomption ou pratique. En temps normal, ce sont là d’excellents principes, mais en période de changement rapide, ceux-ci doivent être conjugués avec agilité, souplesse et empressement.

Afin de mettre ces propos en perspective, rappelons qu’il y a quatre semaines, à la fin mars, le Canada comptait seulement 5 645 cas de la COVID-19 et 62 décès connexes déclarés. À l’échelle mondiale, le nombre de cas dépassait à peine 650 000 pour un total d’environ 30 000 décès. Ces statistiques n’étaient pas encore très alarmantes et ne semblaient aucunement annoncer de changement considérable dans les tendances de mortalité globale du Canada. Quatre semaines plus tard seulement, en date du 25 avril, le Canada enregistrait 45 351 cas et 2 556 décès. Parallèlement, les statistiques mondiales s’élevaient à plus de 2,9 millions de cas et à plus de 200 000 décès.

DatesCas au Canada*Décès au Canada*Cas dans le monde**Décès dans le monde**
28mars56456265072930299
25avril4535125562900209202100
https://newsinteractives.cbc.ca/coronavirustracker/
** www.worldometers.info/coronavirus/ (le 28 mars à 18 h 27 (UTC) et le 25 avril à 19 h 09, (UTC))

En tant qu’actuaires examinant la mortalité au moyen de méthodes et de modèles traditionnels, sommes-nous capables de fournir un avis et une orientation appropriés dans une telle situation? Devons-nous concevoir de nouvelles méthodes et de nouveaux modèles ainsi que des approches mieux adaptées à l’établissement d’un équilibre entre les perspectives à long terme et la réalité des perturbations à court terme?

Si les actuaires du Canada souhaitent maintenir leur pertinence, ils doivent composer avec les difficultés d’aujourd’hui tout en ayant la volonté et la capacité de formuler avec confiance des avis reposant sur des analyses fiables menées en temps opportun. Si la situation suscite de nombreuses interrogations, nous devons réagir de manière proactive pour répondre à des questions comme les suivantes :

  • Quel est l’impact de la COVID-19 sur la mortalité et la longévité globales de la population ainsi que sur tous les types d’indemnités d’assurance?
  • Les mesures draconiennes prises pour combattre le virus ont-elles d’autres conséquences imprévues sur les modèles de mortalité et de morbidité?
  • La crise entraînera-t-elle d’importants changements permanents dans les régimes d’assurance et de retraite ou dans les programmes sociaux au Canada?
  • Comment les actuaires peuvent-ils travailler en partenariat stratégique avec les gouvernements, les autorités de santé publique, les acteurs de la recherche médicale, les universitaires et les autres parties prenantes pour surmonter les difficultés actuelles?
  • À quoi ressemblera la nouvelle normalité pour les Canadiens et les Canadiennes dans les prochaines années, alors que nous devrons composer avec toutes les répercussions de la COVID‑19?

Je me réjouis que l’ICA ait alloué des fonds au soutien de la recherche dans le contexte de la pandémie de la COVID-19. L’ICA publiera sous peu un appel à la réalisation de travaux de recherche. J’espère que de nombreuses personnes profiteront de cette occasion pour contribuer au maintien de la pertinence des actuaires au Canada, sachant que, dans quelques semaines, tout peut effectivement changer.

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