Prévoir l’avenir

Cet article a été publié initialement dans le Carrefour COVID-19 de l’ICA.

Par Steven W. Easson, FICA, président du projet de la SOA/ICA sur l’étude Delphi en temps réel concernant les variables économiques

Cet article reflète l’opinion de l’auteur et il ne représente pas les conseils officiels de l’ICA. L’auteur accepte les commentaires sur cet article et les suggestions d’articles à venir. Il invite par ailleurs les membres de l’ICA à visiter régulièrement le Carrefour COVID-19 de l’ICA pour des réflexions de pointe.

Méthodes prévisionnelles de type « futures research »

Pour prévoir l’avenir, notamment aux fins des évaluations et des projections de capital, notre trousse d’outils actuariels comprend habituellement des éléments comme les études d’expérience, les données historiques du marché, des modèles stochastiques complexes et la théorie de la crédibilité, pour ne nommer que ceux-là. Des outils très utiles en périodes relativement stables. Mais voilà qu’apparaissent les « événements extrêmes » – la crise financière et plus récemment la COVID-19. Avec le recul, bien des précisions dans les hypothèses d’évaluation et de projection du capital ont été établies avant le début de cette pandémie. Mais aujourd’hui, beaucoup de travail est effectué, un jugement extraordinaire a été appliqué et des défis sans précédent se posent pour peaufiner ces hypothèses.

En rédigeant cet article, j’aimerais stimuler votre appétit pour les outils « non conventionnels », si ce n’est pas déjà fait. Ces outils facilitent l’établissement de scénarios d’événements extrêmes futurs plausibles, qui visent à faciliter l’élaboration de plans d’urgence opérationnels et à apporter d’éventuels ajustements touchant l’établissement de scénarios et d’hypothèses. Ces outils dynamiques facilitent la discussion entre experts (représentant idéalement plusieurs disciplines) afin de créer un avenir plausible et des scénarios déterministes portant sur des événements qui pourraient se produire, leurs probabilités et leur incidence : une « multitude d’avenirs plausibles », par exemple les répercussions de l’actuelle pandémie de COVID-19 et la détermination des événements futurs liés à la COVID et de leurs répercussions. Une science exacte? Certainement pas. Un outil de prévision utile? Absolument.

Comme je l’ai mentionné lors de l’assemblée virtuelle du 3 avril (lien français), la SOA et l’ICA publieront sous peu un rapport sur l’utilisation des méthodes prévisionnelles de type futures research appliquées pour prévoir les valeurs futures des variables économiques. L’étude effectuée comprenait deux rondes, toutes deux fondées sur l’outil futures research appelé « Delphi en temps réel » (DTR). Le DTR no 1 a permis de recueillir l’opinion des participants à l’étude sur les valeurs futures des variables économiques, la justification de ces opinions et, parallèlement, des suggestions d’événements futurs plausibles (économiques, politiques, technologiques ou sociaux) à utiliser dans une analyse d’impact dans le DTR no 2. À partir de 28 événements choisis parmi les commentaires portant sur le DTR no 1, les participants à l’étude ont évalué les probabilités et les répercussions de ces événements dans le DTR no 2. Il convient de souligner que la liste de ces événements a été établie en 2019, avant le début de la COVID-19. En voici des exemples : (i) une pandémie catastrophique; (ii) la chute du prix du pétrole en deçà de 30 $; (iii) le ratio de la dette fédérale au PIB qui atteint 150 % aux États-Unis. À l’aide de l’outil supplémentaire de futures research intitulé « Trend Impact Analysis » ainsi que des simulations d’ajustement de la courbe et des simulations de Monte Carlo, l’effet sur les prévisions d’extrapolation à partir du DTR no 1 a été ajusté pour chacun des événements à l’aide des estimations des probabilités et des répercussions des événements fournies par les participants à l’étude du DTR no 2.

Cette étude visait-elle principalement à fournir aux actuaires une source d’hypothèses de meilleure estimation des valeurs futures rattachées aux variables économiques? Certainement pas. L’étude avait-elle pour principal objectif de sensibiliser les actuaires à d’autres méthodes de prévision à ajouter à leur trousse d’outils? Absolument. L’étude a été commanditée par la Direction de la recherche de l’ICA et de nombreuses sources au sein de la SOA, y compris la section Predictive Analytics and Futurism. Il s’agissait d’une répétition d’une étude semblable effectuée en 2005 sous la gouverne de la Futurism Section de la SOA à l’époque, mais elle utilisait des versions plus avancées des outils futures research. L’accès à ces outils sera offert en même temps que le rapport de l’étude.

Articles d’intérêt :

J’aimerais également attirer votre attention sur trois articles récents qui pourraient vous intéresser, sous la même bannière des « prévisions », afin de fournir des perspectives attrayantes sur les facteurs susceptibles d’influencer les hypothèses prévisionnelles.

Oliver Wyman – Navigating the Pandemic’s Next Wave

Cet article suggère qu’il est nécessaire que les assureurs disposent de « salles de crise de la COVID-19 » pour gérer la prise de décisions en temps réel. Il fournit des renseignements sur : (i) des projections dynamiques de l’évolution des épidémies pour plusieurs pays; (ii) la quantification des répercussions des scénarios en évolution sur les principaux vecteurs commerciaux et financiers; (iii) les plans d’urgence opérationnels pour la gestion des coûts et de la capacité, la planification du capital et des liquidités, la gestion des opérations et de la technologie, et les mesures de dotation.

Les deux articles qui suivent présentent des perspectives intéressantes sur les défis à court et à long termes, les répercussions de deuxième ordre et les mesures que les entreprises peuvent appliquer.

McKinsey – Implications of coronavirus for North American life and annuities writers

McKinsey – Coronavirus response: Short- and long-term actions for P&C insurers

Cet article fait partie d’une série d’articles axés sur la pratique provenant de la Direction des conseils en matière d’actuariat. Lisez le prochain article sur la mortalité par Marie-Andrée Boucher et Steve Bocking.

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