L’assurance individuelle de personnes : produits, souscription et pandémie

Par Jing Lang, FICA, vice-présidente, gestionnaire de produits, chez iptiQ

Avant de me joindre à un assureur, je connaissais très peu la souscription. Bien sûr, j’avais entendu de nombreuses expressions à la mode : émission accélérée, automatisée, simplifiée, entièrement souscrite, mais je ne savais pas vraiment à quoi tout cela rimait.

Je porte maintenant mon chapeau de produit depuis plus d’un an et je travaille pour un assureur direct et une assurtech qui fonctionnent à une vitesse incroyable. Je suis profondément enracinée dans chaque changement de produit que nous avons effectué – du lancement de nouveaux produits à l’amélioration des capacités accélérées des produits existants et, plus récemment, à l’ajustement de nos produits et de la souscription en réponse à la pandémie de COVID‑19.

Le test ultime de la qualité de mon apprentissage se mesure par ma capacité de l’expliquer aux autres. Passons aux choses sérieuses.

L’émission garantie, la police entièrement souscrite et l’émission simplifiée

En règle générale, plus la souscription est large, plus le groupe des assurés est en santé et moins la prime unitaire est élevée. Pour ce qui est de l’étendue de la souscription, nous retrouvons, en ordre de grandeur, l’émission garantie (EG), l’émission simplifiée (ES) et les polices entièrement souscrites.

Quiconque recherche une couverture d’assurance peut obtenir une police d’assurance de type EG. La plupart de ces polices s’adressent aux personnes âgées, en particulier celles aux prises avec des problèmes de santé sous‑jacents et qui ne peuvent pas obtenir une protection, même par émission simplifiée. Aux États‑Unis et au Canada, certaines polices d’assurance‑vie entière sont de type EG. Ce produit comporte habituellement un capital assuré peu élevé qui vise à couvrir les frais funéraires.

Une police entièrement souscrite couvre habituellement tous les risques. Le demandeur doit répondre à des questions médicales très détaillées sur le formulaire, être interviewé par un professionnel de la santé autorisé, subir un examen paramédical, fournir des échantillons de sang et d’urine, et attendre la décision de la société d’assurance. Chacune de ces étapes prend du temps. Si tous les astres sont alignés, une décision peut être rendue quelques semaines après le début du processus, mais le plus souvent, il faut compter des mois. Pour compenser les obstacles que vous devrez franchir et le temps d’attente, si une couverture vous est offerte, la prime unitaire sera probablement la moins coûteuse par rapport à la prime unitaire associée à d’autres formes de souscription.

En outre, si l’on vous offre la protection, les catégories de risque seront très raffinées : super privilégiée, privilégiée, sélecte et standard. Les appellations varient d’un assureur à l’autre, mais il n’est pas rare d’avoir trois ou quatre catégories de risque standard ou mieux, avec des taux distincts pour les fumeurs. Les produits qui conviennent à la souscription entière sont les polices d’assurance temporaire, d’assurance‑vie entière et d’assurance‑vie universelle à capital assuré élevé.

Une police à émission simplifiée se situe entre les deux. Le demandeur doit répondre à certaines questions médicales, mais pas autant que la demande traditionnelle. Les questions de nature médicale sont habituellement éliminatoires; ainsi, si vous répondez « oui » à une question, vous n’êtes pas admissible à une protection. Par exemple : Au cours des deux dernières années, pour tout problème de santé (à l’exception de l’accouchement), avez-vous été admis ou avez‑vous séjourné dans un hôpital, une maison de soins infirmiers, un centre de soins de longue durée ou un établissement de traitements spéciaux pendant plus de trois jours?

La décision concernant une police à émission simplifiée prend habituellement la forme d’une acceptation ou d’un refus. Il est rare qu’un souscripteur doive examiner le cas avant de prendre une décision. Les catégories de risque pour les produits de type ES sont habituellement « fumeur standard » et « non‑fumeur standard », mais certains assureurs ont également créé une catégorie « risques aggravés », de sorte qu’ils peuvent offrir un taux de prime moins élevé pour la catégorie non‑fumeur standard. Le délai d’attente pour la décision applicable à ce type de police est beaucoup plus court. Certaines personnes débrouillardes peuvent même faire la démarche elles‑mêmes sur le Web. La facilité qui caractérise ce processus et une plus grande tolérance au risque sont compensées par une prime plus élevée. Le produit de type ES est offert pour les polices d’assurance temporaire (habituellement moins de 500 000 $) et certaines polices d’assurance‑maladie complémentaire (comme les maladies graves). Tout le reste est identique (âge, sexe, capital assuré, tabagisme); la prime unitaire d’une police de type ES sera plus élevée que celle d’une police entièrement souscrite, mais moins élevée que celle d’une police de type EG.

Les souscriptions manuelle, automatisée et accélérée

En vertu de la souscription manuelle, le souscripteur rend une décision au sujet de la souscription en se fondant sur tous les renseignements médicaux recueillis sur le demandeur, notamment ceux fournis sur la demande d’assurance, les résultats de laboratoire, y compris l’analyse de sang et d’urine et la déclaration du médecin traitant. La souscription manuelle fait partie du processus de souscription entière.

La souscription automatisée pourrait signifier différentes choses selon le contexte. Certains l’appellent la souscription « sans contact », c’est‑à‑dire que la décision relative à la souscription repose sur des algorithmes pré‑étalonnés et il n’est pas nécessaire de la soumettre à l’examen d’un souscripteur. Certains produits de type ES en tirent parti.

D’autres la considèrent comme la partie des données extraites de la souscription, comme l’extraction de données du BIM, du DCA, des AMO, et d’autres renseignements sur le demandeur pour faciliter le processus de souscription. Les renseignements fournis par le demandeur et les résultats de l’extraction des données constituent le fondement de la décision relative à la souscription. Selon le résultat, le demandeur pourrait recevoir une décision instantanée (approuvée ou refusée). Si un supplément d’information est nécessaire, le cas peut être renvoyé à un souscripteur pour qu’il évalue la demande plus en détail.

Voici quelques extraits de données couramment utilisés aux États‑Unis et au Canada :

  1. BIM (Bureau de l’information médicale) : Les renseignements du BIM sont codés et couvrent des problèmes médicaux comme le diabète et les passe‑temps à risque, comme le parachutisme et l’escalade. Un assureur ne peut prendre une décision défavorable fondée uniquement sur les codes du BIM. Cette démarche vise à faciliter l’évaluation globale.
  2. DCA (Dossier de conduite automobile) : Cela indique le comportement d’un conducteur automobile. De multiples antécédents de CFA (conduite avec facultés affaiblies) et des infractions au cours des deux dernières années sèmeraient le doute chez un assureur.
  3. AMO (antécédents au chapitre des médicaments d’ordonnance) : C’est à ce moment que chaque assureur peut étalonner les troubles de santé et les antécédents pharmaceutiques en fonction de sa propre tolérance au risque. Par exemple, un assureur peut être plus indulgent qu’un autre à l’égard des maladies du foie. Selon les règles établies ici, un assureur peut refuser une demande si la combinaison justifie un risque supérieur à son seuil. 

La souscription accélérée peut être synonyme de la deuxième interprétation de la souscription automatisée. Elle utilise les résultats de l’extraction de données et les renseignements fournis par le demandeur pour prendre une décision relative à la souscription. L’objectif consiste à offrir une expérience client plus proche de l’émission simplifiée (temps d’attente réduit, décision rendue en quelques minutes ou quelques jours plutôt qu’en quelques semaines ou mois), mais à un prix plus proche de la souscription entière (moins cher par unité de prime que la formule de l’émission simplifiée).

Il est maintenant courant que les caractéristiques accélérées soient intégrées aux produits entièrement souscrits. De nombreux assureurs offrent un programme de souscription accélérée (PSA) aux demandeurs âgés de 60 ans et moins et dont le capital assuré peut atteindre un million de dollars pour les catégories de risque standard et moindres. D’autres renseignements médicaux (examen paramédical, déclaration du médecin traitant, etc.) ne sont pas exigés à moins qu’ils ne soient justifiés. Mais même avec ce processus moins invasif, de nombreux assureurs exigent encore une entrevue téléphonique distincte, ce qui prolonge le temps de décision à des jours.

L’incidence de la COVID‑19

La COVID‑19 a posé des défis sans précédent. En tant qu’industrie, nous avons peut‑être sous‑estimé l’impact perçu au cours des premiers mois. La COVID a été considérée comme une maladie touchant les pays asiatiques, jusqu’à ce qu’il devienne évident qu’il s’agissait d’un enjeu mondial. Depuis, de nombreux assureurs ont apporté des changements temporaires en matière de souscription et de produits et ils se sont engagés à réévaluer la situation au fil de l’évolution de la pandémie.

Les changements observés sur le marché peuvent être répartis comme suit :

Des ajustements au formulaire de demande

Comme il a été mentionné précédemment, le formulaire de demande est le moyen de subsistance de la souscription. Pour remplir ce formulaire, le demandeur doit déclarer lui‑même ses problèmes de santé sous‑jacents et certains choix personnels et de style de vie (p. ex. passe‑temps, antécédents de conduite). La déclaration volontaire du demandeur permet à l’assureur de contester une demande de règlement dans les deux ans suivant l’émission d’une police.  

À l’heure actuelle, la plupart des assureurs ont ajouté des questions propres à la COVID‑19 à leurs formulaires de demande, qui portent sur les antécédents de voyage, les résultats positifs des tests et tout contact connu avec des cas positifs. Certains assureurs ont même créé des questionnaires propres à la COVID, qui renferment des questions plus détaillées, notamment sur les symptômes. Chaque demande doit être accompagnée d’une déclaration d’assurabilité signée. Ainsi, le demandeur doit indiquer les changements relatifs à sa santé s’il s’est écoulé un certain temps depuis qu’il a rempli la demande originale. Encore une fois, cette démarche protégera l’assureur contre les renseignements inexacts – intentionnels ou non – si le titulaire de police dépose une demande de règlement dans un délai de deux ans. Si un demandeur dévoile un diagnostic positif récent de COVID‑19, sa demande est habituellement reportée jusqu’à ce qu’il se rétablisse et ne présente aucun symptôme pendant un mois.

Les changements au chapitre de la souscription

La COVID‑19 a nui aux programmes entièrement souscrits, car de nombreux examens en personne ne peuvent plus être effectués. Les cas où un résultat de laboratoire constitue un élément clé ont inévitablement été retardés. Un bon côté de la COVID‑19, c’est qu’elle a accru l’obligation de l’assureur d’examiner d’autres renseignements médicaux avant de prendre des décisions au sujet de la souscription. L’adoption du dossier de santé électronique (DSE), de l’IPA à usage humain, de la WOMBA, de LabPiQture, des données sur les demandes de règlement pour soins médicaux et des examens d’assurance antérieurs effectués au cours des 24 derniers mois est devenue plus courante.

En revanche, les programmes de souscription accélérée ont prospéré pendant la pandémie de la COVID‑19. Les assureurs qui ont déjà un PSA élargissent leur programme, notamment en augmentant la couverture maximale pour les jeunes. Les assureurs qui n’avaient pas encore de PSA se sont empressé d’en créer un. L’entrevue téléphonique demeure une norme.

Les changements visant les produits et la tarification

Étant donné que nous sommes susceptibles de contracter plus de maladies sous‑jacentes à mesure que nous vieillissons, les plus de 60 ans sont particulièrement vulnérables à la COVID‑19 en raison des facteurs de comorbidité. Dans toutes les gammes de produits, presque tous les assureurs ont abaissé l’âge maximal à l’émission à 70 ans ou moins, et ils ont réduit la couverture maximale et limité les offres de table cotées (risque aggravé).

Les changements au chapitre de la souscription se répercuteront sur la tarification. Pour les produits qui reposent sur un taux de crédit fixe ou sur les rendements boursiers, de nombreux changements ont déjà été apportés aux taux. Bien des assureurs qui offrent des polices d’assurance‑vie universelle sans déchéance ont créé de nouveaux taux (plus élevés). Pour les produits d’assurance temporaire, les variations de taux attribuables à la COVID-19 sont moins urgentes. Une partie importante de la mise à jour des taux en assurance temporaire au cours des six derniers mois fait toujours suite à la mise à jour de la nouvelle table 2017‑CSO. Nous verrons dans les prochains mois si les taux de l’assurance temporaire marqueront une hausse.

En conclusion

La souscription est un pilier très important du secteur des assurances. Même si les actuaires évaluent le risque en fonction de la loi des grands nombres, les souscripteurs examinent le risque de façon individuelle. Toutefois, au fil de l’évolution de la technologie de souscription et de l’accent de plus en plus marqué sur le cheminement des clients, un plus grand nombre de décisions en matière de souscription seront prises en fonction de règles et d’algorithmes. La synergie probable de collaboration entre les actuaires et les souscripteurs est plus importante que jamais, tout comme le coût d’opportunité du travail en vase clos.

Il reste bien des choses à apprendre au sujet de la COVID‑19. Quand un vaccin efficace sera‑t‑il mis au point? Le virus va-t-il se transformer en une chaîne différente? Les gens rétablis de la COVID‑19 pourront‑ils la contracter de nouveau? Quelle est l’incidence sur les jeunes et les enfants? Que se passera‑t‑il lorsque nous entrerons dans la saison de la grippe? Cette pandémie a déjà changé notre façon de vivre. Et à mesure qu’elle évoluera, nous, en tant qu’industrie, devrons demeurer vigilants et souples afin de prévoir les répercussions et les prix en conséquence.

Cet article reflète l’opinion de l’auteur et il ne représente pas une position officielle de l’ICA.

Cet article a été publié initialement dans l'(e)Bulletin de l’ICA.

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