En cette période tumultueuse, les actuaires prennent la parole et sont entendus

Par Michel St-Germain, FICA, Président de l’ICA

Les actuaires sont des experts dans le domaine de la gestion des risques financiers, un domaine en changement continuel qui doit être bien encadré pour protéger la population canadienne. Nous avons le devoir de partager notre savoir avec les décideurs. En prenant fréquemment position sur des sujets pertinents, nous faisons davantage entendre notre voix et nous nous engageons dans des discussions essentielles pour notre société. Dans cet article, je vous parle donc des raisons qui motivent les actuaires, des diverses façons dont nous partageons notre expertise et des pièges que nous devons éviter.

Qu’est-ce qui motive les actuaires à prendre position?

L’ICA a un rôle important à jouer en matière de promotion d’amélioration du système financier. Ce rôle est absolument conforme à notre objectif de faire passer l’intérêt du public avant celui de nos membres. Dans son plan stratégique, l’ICA souligne d’ailleurs qu’il doit accroître sa visibilité dans les débats publics.

Récemment, j’ai eu l’occasion de rencontrer un ministre du gouvernement québécois afin de lui présenter le point de vue de l’ICA sur l’âge de la retraite. À la fin de la réunion, j’ai été encouragée de l’entendre nous dire : « Vous, les actuaires, vous avez beaucoup à contribuer aux débats publics. Vous êtes des experts dans votre domaine et vous pensez à long terme. Vous savez aussi vous mettre à l’abri des pressions de ceux qui ne pensent qu’à leur propre intérêt. » En prenant position, je pense que notre profession contribue à bâtir sa crédibilité : nous sommes indépendants et mettons nos talents d’analyse au service du public.

« Vous, les actuaires, vous avez beaucoup à contribuer aux débats publics. Vous êtes des experts dans votre domaine et vous pensez à long terme. Vous savez aussi vous mettre à l’abri des pressions de ceux qui ne pensent qu’à leur propre intérêt. »

Quels sont les moyens?

L’ICA est le porte-voix de la profession actuarielle auprès des décideurs. L’Institut apporte son soutien à ces derniers de diverses façons. En premier lieu, l’ICA répond aux demandes de consultation des autorités publiques. Bon an mal an, la Direction des affaires publiques de l’ICA supervise la préparation d’environ 25 mémoires en réponse à ces demandes des autorités. Par exemple, plus récemment, nous avons soumis des conseils concernant les règles de provisionnement des régimes de retraite, un projet de loi encadrant les régimes à prestations cibles et les mesures de divulgation des risques de changements climatiques dans les états financiers des assureurs et régimes de retraite. Les mémoires sont rédigés par des groupes de travail composés d’actuaires bénévoles. Ces bénévoles consacrent plusieurs heures afin d’approfondir leurs connaissances sur des sujets d’actualités et échanger leurs points de vue avec leurs pairs afin d’en arriver à des recommandations justes.

En deuxième lieu, l’Institut rencontre régulièrement des organismes de réglementation, tels que Retraite Québec, l’Autorité des marchés financiers (Québec), l’Autorité ontarienne de réglementation des services financiers (Ontario), le Bureau du surintendant des institutions financières, l’Association canadienne des organismes de contrôle des régimes de retraite. Nos différentes commissions et le Conseil des normes participent à ces rencontres et échangent avec ces organismes sur les changements dans notre système financier et comment l’encadrement doit s’adapter.

En troisième lieu, l’Institut publie des énoncés publics sur des enjeux importants à l’heure actuelle. Ces énoncés sont l’aboutissement d’un processus rigoureux de consultation auprès des membres. Les trois énoncés diffusés au cours des deux dernières années visaient à répondre aux questions suivantes :

  • Comment adapter l’âge de la retraite des régimes publics aux nouvelles réalités du marché du travail (p. ex. : la tendance des travailleurs à rester sur le marché de l’emploi plus longtemps) tout en reconnaissant la nécessité de protéger les personnes plus vulnérables, qui ne peuvent travailler après 65 ans?
  • Comment divulguer les risques financiers des changements climatiques pour que les décideurs et investisseurs puissent mieux les soupeser et prendre les bonnes décisions pour atténuer les répercussions négatives des changements climatiques?
  • Comment protéger la population canadienne contre le risque des couts élevés des médicaments et comment améliorer l’efficacité du système d’offre de médicaments? Selon cet énoncé, nous affirmons que personne au Canada ne devrait être privé de médicaments pour des raisons financières. Notre expertise peut contribuer à rendre un régime d’assurance médicaments adapté à nos besoins, plus efficient et viable.

Aussi, pour continuer à faire entendre la voix des actuaires sur diverses questions d’actualité, la Direction des affaires publiques de l’ICA compte lancer une nouvelle initiative au cours des prochains mois : l’Institut publiera bientôt un nouveau type d’énoncé sur des sujets d’actualité. Ces « énoncés de principe » présenteront l’enjeu et analyseront des pistes de solution possibles.

Ces initiatives exigent beaucoup d’efforts : je remercie grandement les bénévoles qui y ont participés.

Quels sont les principaux écueils à éviter?

L’élaboration d’une prise de position, qu’il s’agisse d’un mémoire ou d’un énoncé, vient avec son lot de défis. Sans restreindre notre rôle à de simples calculs, les actuaires doivent, sous les yeux du public, s’assurer de prendre position uniquement sur des questions sur lesquelles ils détiennent une expertise. La profession a le savoir pour contribuer à des débats concernant l’âge de retraite, les risques liés aux changements climatiques et l’assurance médicament, mais elle doit éviter de se prononcer sur des sujets qui sortent de son champ de compétence.

Un autre défi, c’est de s’assurer que nos énoncés reflètent un consensus fort parmi nos membres. La Direction des affaires publiques de l’ICA s’assure que nos prises de position sont appuyées par le plus grand nombre de nos membres.

Enfin, selon mon expérience, lors des rencontres avec les décideurs, il faut leur communiquer ce que nous ferions à leur place. L’Institut doit proposer des pistes de solution sans pour autant que tous les détails ne soient précisés en toutes lettres. Notre prise de position doit reposer sur une analyse objective des faits, mais elle doit aussi tenir compte du fait que les décideurs n’ont pas toujours la patience d’attendre la perfection dans l’analyse. La force de la profession réside dans sa capacité à analyser les faits qui sont pertinents et à en expliquer les conséquences.

Notre système financier est en évolution, la population vieillit et les risques financiers sont transférés aux individus. Les bas taux d’intérêt sont quasiment insoutenables. Notre système de santé est sous pression depuis plusieurs années déjà. La technologie change les habitudes des consommateurs. Les institutions financières évoluent et plusieurs nouveaux produits financiers sont maintenant offerts. Nous pouvons contribuer à ce que ces changements se fassent dans l’intérêt public. Et, croyez-moi, les décideurs veulent nous entendre.

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