fbpx

Analyse de scénarios climatiques pour les institutions financières canadiennes

Par Michael Tencer, FICA

Les risques financiers liés au climat sont devenus l’un des thèmes les plus importants chez les professionnels et professionnelles du risque. Si des documents ont été produits pour apporter un éclairage essentiel quant aux sources et aux définitions des risques liés au climat, il manquait toutefois un exercice pratique axé sur le système financier canadien.

Le projet pilote d’analyse de scénarios climatiques mené en 2021 par la Banque du Canada et le Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF) a permis de remédier à cette lacune et de faire un grand pas dans l’évaluation du risque systémique pour les institutions financières canadiennes.

Ce projet pilote visait notamment à mieux comprendre l’exposition du secteur financier aux risques liés à la transition vers une économie à faibles émissions de carbone tout en créant la capacité pour les autorités et les institutions financières participantes d’analyser des scénarios de transition climatique.

Cet article présente l’approche adoptée dans le cadre de ce projet pilote en matière d’analyse de scénarios – une méthode d’évaluation des risques éprouvée que connaissent bien les actuaires – et résume quelques-unes des principales constatations. Pour prendre connaissance du projet plus en profondeur, consultez le rapport complet de la Banque du Canada et les documents techniques complémentaires publiés en janvier 2022.

La démarche

Dans le cadre de ce projet pilote, on a demandé aux institutions participantes d’envisager quatre scénarios de transition vers une économie à faibles émissions de carbone sur une partie de leur portefeuille d’actifs à revenu fixe et d’actions. L’étude portait sur les 10 secteurs générant les plus fortes émissions et n’a pas pris en compte les autres secteurs, l’incidence potentielle sur les passifs, ni les risques physiques.

Les quatre scénarios retenus étaient les suivants :

  1. Scénario de référence : aucun changement aux politiques climatiques mondiales.
  2. Intervention immédiate (sous 2 °C) : politiques immédiates pour contenir le réchauffement mondial moyen.
  3. Intervention différée (sous 2 °C) : politiques différées pour contenir le réchauffement mondial moyen.
  4. Carboneutralité en 2050 : politiques immédiates plus ambitieuses pour limiter le réchauffement mondial moyen.

Les scénarios de référence et d’intervention immédiate sous 2 °C assument un rythme plus lent au plan de l’avancement technologique, empêchant les industries de tirer parti des technologies qui ne sont pas encore disponibles sur le marché. Le scénario de carboneutralité en 2050 suppose une rapidité dans le rythme de changement technologique, intégrant l’utilisation des technologies révolutionnaires de captage et de stockage du carbone.

La Banque s’est fondée sur les scénarios du Network for Greening the Financial System (NGFS) et a travaillé en partenariat avec le Massachusetts Institute of Technology (MIT) pour créer ses propres scénarios dans le but d’avoir en main des données suffisamment détaillées, d’un point de vue géographique et sectoriel, pour évaluer l’exposition aux risques des institutions financières canadiennes.

L’ensemble de données fourni par la Banque est très détaillé et comprend plusieurs variables économiques liées au climat projetées jusqu’en 2050. Les émissions de gaz à effet de serre, la demande en énergie, le prix de l’énergie, la distance parcourue par les véhicules et la part des véhicules électriques sont des exemples de ces variables.

Pour déterminer les effets sur le risque de crédit, les participants et participantes du projet pilote ont sélectionné dans chaque segment de leurs portefeuilles cinq emprunteurs représentatifs. Ces segments ont été déterminés méthodiquement par la Banque afin de regrouper des sociétés présentant des caractéristiques semblables à l’égard de l’exposition au risque.

On a ensuite demandé aux participants et aux participantes de déterminer, pour chaque emprunteur dans le cas de chaque scénario, l’effet sur la probabilité de défaut (PD) et la modification de la cote de crédit y étant associée. Ce calcul ascendant de l’effet sur la PD et la cote de crédit a fait usage des impacts financiers descendants du segment calculé par la Banque. Le jugement des spécialistes des sociétés participantes a également été mis à contribution dans le risque de crédit ainsi déterminé. La Banque a regroupé les données de l’échantillon de chaque participant et, au moyen de divers modèles, a extrapolé les risques de crédit pour le reste des portefeuilles.

Pour évaluer le risque de marché sur les actifs en actions, on a eu recours à une approche descendante ne nécessitant pas la participation des institutions participantes. La Banque a eu recours à un modèle des dividendes actualisés pour déterminer l’effet de la transition sur les évaluations boursières pour chaque secteur visé par l’analyse.

Les résultats

Le projet a atteint l’objectif qui consistait à donner aux autorités financières et aux institutions financières l’occasion de poser les bases de l’utilisation d’une analyse de scénarios pour cerner et évaluer les risques liés à la transition climatique. Bien qu’une conclusion quantitative n’ait pas été fournie, cet exercice leur a permis de mieux comprendre l’exposition potentielle du système financier canadien aux risques liés à la transition vers une économie à faibles émissions de carbone.

Il leur a aussi offert une précieuse occasion de collaboration entre pairs et d’échange d’idées entre sociétés.

On a appris des leçons utiles en cours de route. Les sociétés participantes ont mentionné que cet exercice avait été plus difficile et avait nécessité plus de temps que prévu. La Banque a aussi observé une variabilité considérable quant aux résultats financiers des sociétés participantes. Dans certains cas, les mêmes données et les mêmes hypothèses appliquées au même emprunteur ont révélé des effets fort différents sur le risque de crédit. Comme indiqué dans le rapport, pour générer des conclusions cohérentes en matière de risque de crédit, il y a eu certains des défis à relever, à savoir :

  • La manière de classer les emprunteurs ayant des activités diversifiées;
  • Les différences qui existent entre les modèles financiers internes des institutions participantes;
  • Les diverses approches utilisées quant à l’application du jugement des spécialistes.

La prochaine étape

Ce projet pilote démontre que la Banque et le BSIF sont résolus à améliorer les capacités du système financier en matière d’évaluation des risques climatiques. Le travail de modélisation technique réalisé par la Banque avec ses partenaires du MIT constitue une base solide pour les objectifs futurs relatifs aux tests de résistance. Les institutions financières disposent désormais d’un ensemble de données utiles et détaillées dont elles peuvent se servir au moment d’amorcer la mise en place de stratégies internes de gestion des risques liés au climat.

Les leçons tirées de ce projet ont révélé aux autorités des éléments sur lesquels cibler leur attention lors de travaux futurs portant sur l’analyse des scénarios de risques associés au climat. La Banque mentionne notamment la prise en compte des risques physiques, l’élargissement de la portée de l’analyse à d’autres institutions financières (y compris des régimes de retraite) et à d’autres catégories d’actifs. L’élaboration d’une méthodologie objective et reproductible aux fins de l’évaluation des risques liés au climat est également mentionnée comme un élément à aborder dans les travaux futurs.

Le 27 avril, des représentants et des représentantes de la Banque du Canada et du BSIF se joindront à moi pour présenter de plus amples renseignements au sujet de ce projet dans le cadre d’une webémission de l’ICA animée par Karen Lockridge, FICA. Soyez des nôtres pour avoir l’occasion d’obtenir des réponses à vos questions et d’en apprendre davantage. La webémission est offerte en anglais seulement.

Michael Tencer, FICA, est directeur de la gestion du capital chez Manuvie et est membre de la Commission sur les changements climatiques et la viabilité de l’ICA. Au cours des dernières années, Michael a mené plusieurs simulations de crise en matière de changements climatiques afin de bien comprendre les répercussions des risques associés au climat sur les portefeuilles de placement et du capital réglementaire de Manuvie.

Cet article reflète l’opinion de l’auteur et il ne représente pas une position officielle de l’ICA.

Suivez Nous

Pour nous joindre

Institut canadien des actuaires
360, rue Albert, bureau 1740
Ottawa, Ontario K1R 7X7
voiraudeladurisque@cia-ica.ca