En tête-à-tête avec notre nouvelle présidente, Jacque Friedland

« Si j’avais un seul conseil à donner, je dirais que si vous remarquez qu’une chose doit être faite, portez-vous bénévole. Si vous ne comprenez pas quelque chose, posez des questions. Et si vous n’aimez pas la réponse, impliquez-vous pour faire changer les choses. »

Le 1er juillet 2021, Jacqueline Friedland, FICA, entamera son mandat à titre de présidente de l’ICA. Faites sa connaissance dans cet épisode de Voir au-delà du risque, alors qu’elle nous fait part de sa vision pour l’avenir et de ses projets pour améliorer la diversité dans la profession, s’attaquer aux changements climatiques, soutenir les domaines de pratique émergents et bien plus.

Vous pouvez lire la transcription de l’entrevue avec Jacque (en français, ci-dessous) ou écouter l’épisode du balado (en anglais).

Les choses commencent à revenir à la normale et on commence à penser à la prochaine année. Qu’avez-vous vraiment hâte de pouvoir faire à nouveau?

Ha, c’est la question qu’on se pose et dont on discute depuis des mois! J’ai commencé à me préparer pour l’entrevue le dimanche de la fête de la Reine. Ce soir-là, j’ai posé cette question-là en premier (« à quoi j’ai le plus hâte ») à ma famille, y compris à mes beaux-parents qu’on avait le droit de recevoir à souper sur le patio, à l’extérieur et à 2 mètres, pour la première fois depuis une éternité. La première réponse de mon mari et de ses parents était de pouvoir voyager. Ensuite, mon mari a parlé de faire du sport en équipe (il a vraiment hâte de rejouer au hockey et au ultimate frisbee) et d’aller à des matchs du TFC, des Blue Jays ou des Raptors. Et tous les trois ont continué avec autant d’enthousiasme à parler de spectacles de musique et de pièces de théâtre.

C’est aussi aux voyages que j’ai pensé en premier, mais pas de la même manière que mon mari et ses parents. Ils veulent recommencer à explorer le monde, mais honnêtement, je ne suis pas vraiment pressée de retourner à l’aventure. J’ai une profonde aversion pour le risque de manière générale et je ne suis pas pressée de voyager comme on le faisait avant. Mais je veux voir mon fils qui est en Colombie-Britannique et que je n’ai pas vu depuis janvier 2020. J’ai aussi hâte de voir ma mère, mes frères, mes sœurs et leurs enfants aux États-Unis, mais comme le taux de vaccination est juste au-dessus de 30 % en Géorgie, je vais attendre encore un peu avant d’y aller. Je veux aussi prendre mes amis et ma famille dans mes bras… et pas juste ceux qui sont dans ma bulle!

Ensuite, je veux recommencer à danser! Pour moi, la pandémie a commencé en plein milieu de mon voyage de danse salsa à Cuba, avec mon mari. On est partis de Toronto le vendredi 6 mars en soirée… je me rappelle avoir ricané avec une des plus jeunes du groupe parce que sa mère avait insisté pour qu’elle porte un masque à l’aéroport… et je suis revenue le samedi 14 mars, quelques jours après mon mari. Pendant le voyage, à tous les jours on regardait les nouvelles sur nos cellulaires et c’était comme si le monde entier était en train de s’arrêter. Les marchés boursiers étaient en chute libre, les bateaux de croisière étaient abandonnés à leur sort en mer, les frontières étaient fermées, les entreprises envoyaient leurs employés à la maison et des quarantaines obligatoires étaient mises en place pour les voyageurs de retour au pays (dont moi et Tom). Donc, pour moi, j’aurai l’impression que c’est vraiment terminé quand je pourrai recommencer à danser.

Et en plus de la danse, je veux aller à mon club de lecture en personne et je veux voir mes collègues actuaires en personne et en rencontrer de nouveau. Et je vais être très contente d’aller à des matchs, à des concerts et au théâtre avec mon mari! J’ai même déjà planifié quelques voyages… la première fin de semaine de décembre, je vais à San Francisco avec des amies, entre filles, et fin décembre je vais à Londres avec mon mari et ceux de nos fils qui voudront aussi venir.

La diversité est une cause que vous avez beaucoup défendue pendant votre année comme présidente élue. Quelles initiatives connexes voulez-vous poursuivre pendant les 12 prochains mois?

Je suis tellement emballée par tout ce qu’on a fait dans la dernière année! Je pense qu’on est très bien positionnés maintenant, qu’on connaît nos points forts et les choses qu’il faut améliorer de ce côté.

Quand on parle des problèmes liés à la diversité, à l’équité et à l’inclusion, j’aime penser aux mesures qu’on peut prendre rapidement et de manière décisive dès maintenant et aux nouvelles bases qu’on doit jeter immédiatement pour qu’à long terme on réussisse à régler ces questions.

Par exemple, on doit augmenter la diversité dans nos conférences dès maintenant. Et je ne parle pas seulement de la personne qui anime les tables rondes, mais de celles invitées à la table ronde comme spécialiste du sujet abordé. L’année dernière, j’ai participé au congrès annuel de l’International Association of Black Actuaries (IABA) et j’ai beaucoup lu sur les questions raciales en particulier, et le message essentiel que j’ai retenu c’est à quel point c’est important de se voir représenter dans sa profession. Donc, quand des étudiantes et des étudiants vont à un salon des carrières, il faut qu’elles et ils puissent s’identifier aux personnes qui leur suggèrent de devenir actuaire. Parallèlement, quand les candidates et les candidats ou les jeunes actuaires vont à une conférence sur l’actuariat (que ce soit pour du PPC, réseauter ou toute autre raison), elles et ils doivent aussi pouvoir s’identifier aux spécialistes de la table ronde. Ça va demeurer une de mes priorités importantes. Je veux que l’ICA fasse le suivi du profil de nos invité(e)s aux conférences, webémissions, ateliers, etc.

Cette année, je veux aussi m’assurer qu’on se penche sur la diversité de nos membres, puisqu’on pense aux plans de relève pour les présidentes et les présidents de nos commissions et de nos directions, ainsi que d’autres postes de leadership à l’ICA. C’est deux exemples de situations qu’on peut améliorer tout de suite.

À long terme, je suis fermement résolue à ce que l’ICA organise, en collaboration avec l’IABA, un programme « Invitons nos jeunes au travail » en ligne qui ciblerait les jeunes à la fin du primaire et au début du secondaire dans l’ouest du Canada, où il y a une forte population autochtone. Ça va d’abord être un projet-pilote pour qu’on puisse faire des essais, en tirer des leçons, et étendre le programme au cours des années suivantes. Avec un peu de chance, on aura des programmes en personne à Toronto et à Montréal, dans des écoles avec beaucoup d’élèves noirs, tout en continuant le programme dans l’Ouest. J’ai eu plusieurs appels avec l’ICA et l’IABA où je leur ai dit que j’aurai l’impression d’avoir échoué si on n’y arrive pas en 2021, surtout qu’on en parle depuis l’automne 2020.

J’ai l’impression que les bénévoles et le personnel de l’ICA ne considèrent pas que la diversité, l’équité et l’inclusivité sont une mode de passage, mais que leur importance va s’intégrer à notre ADN et à la manière dont on pense, opère, interagit et mène les activités de l’ICA.

Pour garantir une bonne surveillance et que la diversité, l’équité et l’inclusion demeurent prioritaires, on va mettre sur pied un Groupe consultatif sur la diversité, l’équité et l’inclusion pendant l’été. Son mandat sera :

  • D’identifier des occasions d’amélioration de la diversité, de l’équité et de l’inclusivité pour l’ICA;
  • De déterminer les exigences pour tout groupe de travail à court terme;
  • D’établir des buts et des objectifs liés à la diversité, à l’équité et à l’inclusivité;
  • De faire le suivi d’indicateurs de rendement et de paramètres clefs;
  • D’évaluer les tentatives de changement et leurs résultats;
  • De défendre la question de la diversité, de l’équité et de l’inclusivité et les activités connexes auprès des membres.

Pour clore ce sujet-là, je veux ajouter que je crois vraiment que la dernière année nous a tous changés d’une manière profonde et significative, au plus profond de nous-mêmes. J’ai l’impression que les bénévoles et le personnel de l’ICA ne considèrent pas que la diversité, l’équité et l’inclusivité sont une mode de passage, mais que leur importance va s’intégrer à notre ADN et à la manière dont on pense, opère, interagit et mène les activités de l’ICA. Pendant la réunion du Conseil d’administration de juin, on a parler des changements proposés au libellé de notre vision, de notre mission et de nos valeurs pour mieux refléter l’importance de la diversité et de l’inclusion, en plus de nos plans en matière d’éducation. On continue d’apprendre auprès de nos conférencières et conférenciers invités, en participant aux événements d’autres organisations et en lisant sur le sujet. On s’interpelle tous de façon constructive, on apprend et on s’améliore et je suis vraiment fière de faire partie de ce changement.

Parlant de l’éducation, nous avons annoncé plusieurs changements très excitants. Quelle est votre perspective sur le sujet? Sur quels changements l’ICA se penchera-t-il en premier cette année?

J’ai vraiment hâte de mettre en marche nos plans pour les trois parcours de qualification! Pendant le dernier mois, on a tenu plusieurs sessions avec les parties concernées : les employeurs, les organismes de réglementation, des Commissions d’indemnisation des accidents du travail partout au pays et des associations actuarielles des États-Unis et d’un peu partout dans le monde. On nous a souvent dit que notre enthousiasme pouvait être ressenti à travers l’écran et Zoom.

On attend ces changements depuis longtemps. Ça fait des décennies que la direction de l’ICA, c’est-à-dire les bénévoles et le personnel, dit qu’il faut avoir un parcours « fabriqué au Canada » pour les Fellows. On est la seule organisation actuarielle nationale d’importance au monde qui n’a pas son propre programme de certification pour le titre de Fellow. Peu importe les discussions qu’il y a eu par le passé, c’est enfin le bon moment! Le travail des actuaires continue d’évoluer et change rapidement au fur et à mesure que la technologie continue de s’améliorer à la vitesse de la lumière. Ce qu’on devra savoir pour réussir dans l’avenir n’est pas la même chose qu’aujourd’hui. En plus, les modes d’enseignement et l’évaluation des connaissances acquises grâce à cet enseignement sont en train de changer, surtout lorsqu’on pense à notre expérience des 16 derniers mois avec la COVID.

Pour notre premier parcours vers le titre de Fellow, le parcours 100 % canadien, l’ICA a eu la formidable occasion de partir à neuf. On va pouvoir collaborer avec les universités, soit les expertes pour enseigner à la communauté étudiante comment apprendre.

Le travail des actuaires continue d’évoluer et change rapidement au fur et à mesure que la technologie continue de s’améliorer à la vitesse de la lumière. Ce qu’on devra savoir pour réussir dans l’avenir n’est pas la même chose qu’aujourd’hui.

Je voudrais juste ouvrir une parenthèse ici pour parler de ce concept-là : « apprendre à apprendre ». Pendant le souper dont je parlais tantôt, avec mes beaux-parents, on a eu une discussion de famille extrêmement intéressante. Mon beau-père, qui a été doyen de l’école de droit de l’Université de Toronto, et ma belle-mère, qui a dirigé le programme d’ergothérapie, aussi à l’Université de Toronto, ont eu une discussion très stimulante avec mon fils de vingt ans et sa petite amie qui revenaient tout juste de Montréal et de leur année d’études en ligne à McGill. Ils ont parlé de leurs cours et à quels points ils avaient appris à apprendre et de l’importance d’être en mesure de le faire dans le monde d’aujourd’hui, où on a tellement d’informations au bout des doigts.

À l’ICA, on veut bâtir sur notre bonne relation des 10 dernières années avec les universités pour faire passer le PAU d’un agrément basé sur des examens à une reconnaissance du diplôme en entier pour la base du titre d’associé (complété avec un module pour associés, un examen récapitulatif et des ateliers professionnels).

On va ensuite travailler avec des experts en éducation, y compris les universités canadiennes et d’autres organisations dans le domaine de l’éducation, pour créer les modules et les examens du titre de Fellow. On va ensuite demander aux membres de faire du bénévolat pour utiliser leur expertise dans différents champs d’expertise dans le parcours de Fellow… pas pour rédiger ou corriger des examens comme dans auparavant… à la place, les bénévoles vont compléter le travail des experts en éducation.

Il y a beaucoup de travail : la cohorte étudiante qui commence l’université l’automne prochain pourra suivre le parcours 1 si elle le souhaite. On doit finaliser le plan de cours, mettre à jour les politiques de l’ICA et les programmes d’agrément des universités, émettre et évaluer les DDP de nos partenaires professionnels et j’en passe. J’ai entièrement confiance en notre personnel en éducation et perfectionnement professionnel et la Direction de l’éducation et de la qualification. Et j’invite tous les membres qui souhaitent s’impliquer dans ce travail important à me contacter directement ou à communiquer avec l’ICA.

Deux sujets qui attirent beaucoup d’attention dans le domaine actuariel sont les changements climatiques et l’émergence de l’analytique prédictive. Quelle place pensez-vous que ces questions vont prendre dans vos projets comme présidente?

Aujourd’hui, je veux parler de ces deux sujets principalement du point de vue de la formation. On pourrait passer des heures et des heures à parler de la façon dont ces deux questions-là sont en train de changer le monde, comment elles vont changer notre profession et ce qu’on devrait faire sur le plan de la défense des intérêts comme les biais en intelligence artificielle et les différents effets des changements climatiques. Il y a des conférences dédiées à ces questions importantes. Mais pour aujourd’hui, je vais limiter mes commentaires à l’éducation et ce que j’aimerais voir pendant mon mandat à l’ICA comme présidente.

Par rapport à l’analytique prédictive, j’aimerais remonter dans le temps de quelques mois. À la fin de l’automne 2020, le Conseil d’administration a mis sur pied le groupe de travail sur l’analytique prédictive. Et à la réunion de mars 2021, ce même groupe nous a donné une présentation, avec des recommandations, dont 3 choses à faire « obligatoirement » concernant le positionnement et l’éducation et 5 « gains faciles » à faire immédiatement pour provoquer une prise de conscience, une mobilisation et de l’efficacité. Et toutes les recommandations sont liées aux objectifs stratégiques de l’ICA. Le groupe de travail nous a fait des recommandations organisées par catégories :

  1. Stratégie;
  2. Image de marque, promotion et prise de conscience;
  3. Éducation, y compris le perfectionnement professionnel continu.

Pendant cette réunion en mars, le Conseil d’administration a accepté toutes les recommandations du groupe de travail et s’est engagé à renforcer l’importance stratégique de l’amélioration et de la promotion de l’analytique prédictive et son application pour tous les actuaires, et ce, dès le prochain cycle de planification des opérations.

On a déjà observé des actions qui ont été prises de ce côté dans l’offre des séances du congrès act21 et avec le Colloque sur l’analytique prédictive tenu en juin avec la CAS et la SOA. C’était un événement d’une seule journée avec une tonne d’information qui a rassemblé des experts en assurance-vie, maladie et IARD pour examiner en profondeur comment les actuaires utilisent l’analytique prédictive pour atteindre certains résultats opérationnels.

Je crois fermement qu’on sera capable d’apporter beaucoup plus de profondeur au domaine de l’analytique prédictive dans le parcours 1, le parcours « fabriqué au Canada » pour devenir FICA – en offrant de l’éducation et en évaluant cette éducation à l’université. On ne peut pas offrir et évaluer une formation en analytique à l’ancienne, avec des examens papier. Les candidates et les candidats doivent avoir accès à des ensembles de données et à des outils de programmation et de visualisation de données. Et on pense que les universités sont les mieux placées pour ça.

Pour ce qui est des changements climatiques, la majorité de ce que je lis en ce moment – de la documentation actuarielle ou sur l’assurance – classe les risques comme de transition, physiques ou de responsabilité. Dans un document de discussion publié dernièrement sur les risques liés aux changements climatiques, le BSIF définit ces trois catégories-là de risques. Les actuaires, surtout en IARD, connaissent très bien les risques physiques et de responsabilité. Les risques physiques découlent d’un changement climatique où on observe une augmentation de la fréquence et de l’importance des feux de forêt, tempêtes de verglas, inondations, tempêtes de vent, élévation du niveau de la mer, etc. Le risque de responsabilité, c’est l’exposition potentielle aux risques reliés aux litiges liés au climat : pensez aux Keys de Floride qui ne sont plus habitables et aux poursuites qui pourraient être intentées par les propriétaires résidentiels et les commerçants. Finalement, les risques de transition résultent des tentatives pour diminuer les gaz à effet de serre (GES), alors que l’économie transite vers une empreinte GES plus petite. Les risques de transition peuvent apparaître à cause des politiques gouvernementales actuelles ou futures, ou des changements des comportements des investisseurs et des consommateurs.

En ce qui concerne les risques de transition, je pense qu’on en observe plusieurs exemples extraordinaires presque chaque jour. Les transitions que certains attendaient depuis des décennies commencent à se concrétiser à une vitesse record. Par exemple, je voudrais vous lire une manchette de ce matin (27 mai 2021) dans le Politico : [traduction libre] « Message percutant : Coup dur historique en 24 heures pour les grandes pétrolières en raison des changements climatiques ». L’article commençait par : [traduction libre] « En seulement quelques heures, Exxon Mobil Corp a été acquise par un jeune investisseur qui voulait remanier le CA de la compagnie. Les investisseurs de Chevron Corp ont demandé à la compagnie de réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Un tribunal néerlandais a ordonné à Royal Dutch Shell de couper les siennes de 45 %. Et pendant que l’industrie pétrolière essuyait les coups, leur allié de longue date Ford Motor Co a pris davantage ses distances des combustibles fossiles. » La cadence des changements est presque paralysante.

Par rapport aux changements climatiques et à notre éducation, je dirais presque la même chose que pour l’analytique prédictive. Je prévois une place importante pour les universités canadiennes. Il se passe tellement de choses et ça arrive tellement vite… et plusieurs universités canadiennes ont des programmes ou des centres d’excellence liés aux changements climatiques. En élaborant notre parcours « fabriqué au Canada » vers le titre de Fellow, on va pouvoir inclure le meilleur matériel dans le plan de cours et déterminer comment mieux donner et évaluer le matériel. On est extrêmement chanceux d’avoir autant de matériel parmi lequel choisir : des nouveaux projets de l’Association Actuarielle Internationale, de l’Association internationale des contrôleurs d’assurance et de plusieurs instances en Europe et au Canada (comme le BSIF). On a une panoplie d’options et ce n’était pas le cas avant.

Je tiens à répéter que je veux mettre de l’emphase sur ces deux domaines-là : l’analytique prédictive et les changements climatiques. Je ne crois pas que l’ICA a besoin de réinventer la roue. À la place, je veux qu’on mise sur le matériel qui existe et qu’on collabore avec d’autres. On peut apporter beaucoup à la discussion, on doit collaborer et on doit aborder notre travail avec doigté en testant, en tirant des leçons et en s’ajustant au besoin. Je sais que c’est à la mode de dire ça, mais j’ai eu la chance de voir de quoi les organisations efficaces peuvent avoir l’air lorsqu’elles opèrent comme ça.

Comme toujours, le succès de l’ICA dépend beaucoup de la participation de ses membres et de leur travail bénévole. Quel rôle cela a-t-il joué dans votre carrière et quel conseil donneriez-vous aux membres qui aimeraient s’impliquer?

Je suis très sociale et je tire mon énergie de mes interactions avec les autres, que ce soit ma famille, mes cercles d’amis, mes collègues et les gens que je croise en faisant du bénévolat. Si je réfléchis à mes années comme étudiante en actuariat, j’étudiais toujours en groupe et je tirais mon énergie du groupe pour continuer à avancer. Après être devenue Fellow, j’ai vite commencé à faire du bénévolat sur les commissions d’examen ou d’éducation. Et quand j’ai déménagé au Canada il y a plus de 20 ans, j’ai cherché des occasions pour faire du bénévolat et à m’impliquer dans l’ICA.

Je vais vous raconter comment j’ai commencé à m’impliquer à l’ICA. Je me rappelle avoir participé à une conférence… je pense que c’était un colloque pour les actuaires désignés. Ça faisait moins d’un an que j’étais au Canada et j’avais un très petit réseau. Je n’arrive pas à me rappeler du sujet exact du colloque, mais je me souviens que c’était une séance plénière et il y avait plein de gens dans une salle énorme et les conférencières et les conférenciers n’arrêtaient pas de mentionner « l’importance relative du risque ». Je me suis levée, j’ai marché jusqu’à un des micros dans les allées, je me suis présentée et je leur ai demandé si elles et ils pouvaient expliquer davantage le concept et ce qu’ils voulaient dire. Je me rappelle que personne n’avait de réponse vraiment claire et que, à l’époque, il n’y avait aucun matériel d’orientation sur le sujet dans la documentation de l’ICA. Alors je me suis immédiatement portée volontaire pour diriger un groupe qui ferait un mémoire sur le sujet. Et ce mémoire fait encore partie, à ce jour, de l’examen 6 de la CAS.

Et cette main levée m’a menée vers une multitude d’autres occasions. Si j’avais un seul conseil à donner, je dirais que si vous remarquez qu’une chose doit être faite, portez-vous volontaire. Si vous ne comprenez pas quelque chose, posez des questions. Et si vous n’aimez pas la réponse, impliquez-vous pour faire changer les choses.

Quand on me demande des conseils pour s’impliquer, pour faire du bénévolat, tous les clichés qu’on répète sans cesse sont absolument vrais. C’est une excellente manière de se faire un réseau. On en retire plus que ce qu’on donne. Ça stimule intellectuellement. Beaucoup de mes meilleur(e)s ami(e)s sont des personnes avec qui j’ai fait du bénévolat. Je pense à mon club de lecture, auquel je participe depuis plus de 10 ans avec d’autres femmes et plusieurs d’entre elles sont des actuaires avec qui j’ai travaillé ou fait du bénévolat. Et le club de lecture s’est encore plus rapproché pendant l’année de COVID sur Zoom. Ma vie est plus enrichie parce que je connais et que je passe du temps avec ces femmes-là.

Si on se rencontre encore dans un an, en juin 2022, qu’est-ce que vous espérez avoir réussi à ce moment-là?

C’est une excellente question et j’ai été obligée de prendre le temps de réfléchir et de faire une liste… j’aime les listes, surtout les listes de choses à faire. En juin 2022, je veux regarder en arrière et voir qu’on a réussi :

  • Une super journée « Invitons nos jeunes au travail » avec nos projets pour l’automne 2022 et une collaboration encore meilleure avec l’IABA qui ne se limite pas seulement à moi et Alicia et la direction des divisions de l’IABA à Toronto et à Montréal. Je veux une relation qui inclut tous les membres des deux organisations et que plus d’employeurs du Canada utilisent le guide des RH que l’IABA a créé en 2020 parce qu’il est extraordinaire.
  • Commencer à observer de l’intérêt chez les jeunes autochtones pour notre profession, grâce à nos activités de communication avec la FAC.
  • Une plus grande diversité chez les conférencières et les conférenciers aux événements de l’ICA et un système de mesure de la diversité, de l’équité et de l’inclusivité qu’on utiliserait pour guider nos décisions et nos actions.
  • Un plan pour apporter des changements pour que plus de femmes restent dans la profession, admettre que c’est un enjeu important et que l’ICA n’en est pas entièrement responsable puisque ça découle aussi de plusieurs enjeux de société.
  • Des progrès importants dans le nouveau parcours « fabriqué au Canada », y compris le parcours pour le secteur bancaire et plus de matériel sur les changements climatiques dans notre plan de cours.
  • Continuer de faire progresser nos engagements du côté de l’analytique prédictive.
  • Commencer à travailler sur nos plans de transition pour les têtes dirigeantes de l’ICA (Conseil d’administration, commissions et directions) parce que je pense que c’est peut-être un point faible des opérations dont il faudrait s’occuper.

Et n’importe quel nouvel enjeu que j’ai seulement découvert cette semaine et qui est lié au genre, à la fluidité du genre et à une récente décision d’un tribunal. Je m’attends à ce qu’on mette sur pied un groupe de travail qui va commencer à se pencher sur la question et à comprendre les implications pour le travail actuariel au Canada : nos projets de recherche, nos normes de pratique, nos notes éducatives, etc.

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